La confrontation entre les deux écoles européennes illustre parfaitement la dette des Français envers l'Italie au XVIIe siècle, que les peintres viennent de Paris, Nancy ou Lyon. Tout comme son contemporain Simon Vouet, Nicolas Régnier se rallie dans ses jeunes années à la mouvance caravagesque. Son Jean-Baptiste dans le désert (1620) découle indiscutablement des compositions du maître sur le thème, avec les ombres lourdes, la restriction des tons où domine le rouge velouté du drapé, la chair un peu molle et l'expression hagarde du cousin du Christ. Peint probablement au début du séjour romain, la toile doit autant aux suiveurs immédiats de Caravage comme Manfredi, qu'aux Nordiques venus recueillir son héritage pictural. La manière large n'évoque-t-elle pas l

Parmi les très nombreux artistes séjournant à Rome, la communauté lorraine compte de brillants noms, malgré la forte concurrence locale. Proche de Simon Vouet, avec lequel il a collaboré, Charles Mellin a privilégié une belle palette solaire, adéquate pour peindre Apollon (vers 1625-1627). La touche radieuse et onctueuse cohabite toutefois avec quelques ombres bien marquées. On ressent comme un écho de la contemporaine et dernière manière de Vouet en Italie : d'ailleurs, celui-ci et Mellin eurent comme mécène de choix le cardinal Francesco Barberini, neveu d'Urbain VIII, à qui appartint Apollon. Natif de Vic-sur-Seille, Charles Poërson a pourtant peu à voir avec le grand peintre originaire de cette cité, Georges de La Tour. Son Annonciation se tourne clairement, par contre, vers Poussin. Toute aussi charmante soit-elle, cette composition chargée et décorative n'atteint toutefois pas la force d'attraction, ni même l'exigence intellectuelle du maître de La Manne. A l'instar de la Ville éternelle, Naples aussi plaît aux Lorrains. Dans cette cité travaille François de Nomé, qu'on a souvent confondu avec le plus fantasque Didier Barra, un autre Messin, sous le pseudonyme de Monsu Desiderio. Ce qui n'enlève rien à l'étrangeté de son Intérieur d'église : si le genre rappelle certaines productions néerlandaises du temps, la dramatisation par le clair-obscur de l'architecture monumentale et la figure humaine réduite à une silhouette pourraient presque devancer Guardi, voire le romantisme.
Naples, une des villes les plus peuplées d'Europe au XVIIe siècle, attira divers talents. Caravage, dans sa cavale, y séjourna deux fois (en 1606-1607 puis en 1609-1610), orientant ainsi les maîtres locaux vers un vigoureux ténébrisme. Sans un tel primat, comment expliquer qu'Antonio De Bellis fasse surgir des ténèbres sa Sainte Dorothée (vers 1640) avant le martyre, comme si l'aura de la foi brillait à l'approche du supplice ? La grande attention accordée à la variation des reliefs sous la lumière n'est pas étrangère à la peinture de Ribera. De même, le vérisme fort de cette figure, guère idéalisée, se rapproche de l'art hispanique, omniprésent dans une cité alors sous la férule des Habsbourg de Madrid. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, cette suprématie du clair-obscur sera remise en cause, notamment par le chef de file de l'école napolitaine, Luca Giordano, d'abord acquis au style sombre de son maître Ribera. L'époque où il peint Le Christ devant Caïphe (vers 1692) se révèle décisive pour le pass

Depuis quelques décennies, la production italienne (abusivement) dite baroque se voit mieux appréciée, avec la prise en compte de foyers auparavant délaissés par critiques et amateurs. Ainsi Florence, où la mode du clair-obscur se greffe à la qualité intellectue

La peinture d'histoire de la première moitié du XVIIIe siècle a souvent été réduite à une tendance décorative l'emportant sur la leçon morale. Il est vrai que le sujet servit souvent de prétexte à la démonstration d'une facture vive et enlevée, tel François Lemoyne lorgnant du côté de Sebastiano Ricci (Jacob et Rachel au puits). Même pour un sujet aussi grave qu'Antiochus Épiphane ordonne le massacre des Macchabées, prime une manière virevoltante. Les toiles respectives de Jean-Baptiste Marie Pierre et Michel-François Dandré-Bardon, probablement destinées à un concours de l'Académie de Saint-Luc à Rome en 1738, ramènent la peinture d'histoire à un déploiement de touches furtives, de gestes emphatiques et d'architectures théâtrales. Pourtant, la volonté de moraliser le "grand genre" n'avait jamais été perdue : c'est au tout début du XVIIIe siècle que remonte La Mort d'Arria, où le Toulousain Antoine Rivalz fait preuve d'une profonde gravité, modérée par une retenue tout racinienne. La remarque vaut aussi pour l'Italie, puisque le Crémonais Donato Creti entend prolonger, non sans quelque application laborieuse, la grande leçon bolonaise du Seicento avec La Vierge de l'Apocalypse entre saint Vincent Ferrier et saint Antoine de Padoue (vers 1730-1745). Il faut toutefois attendre les années 1740 pour que la noblesse emphatique de l'Histoire, e

Rome, par où tout commence et tout termine, sous forme d'énigme accrochée sur les cimaises. Plus précisément, un tableau donné à l'école romaine vers 1620-1640, Un docteur de l'église orientale_ représentation de saint isolé analogue au Saint Pierre (vers 1650) de Guerchin, remarquable par son accord entre le bleu chaud et l'orangé proche du roux, assimilation très personnelle du chromatisme vénitien. L'identité de l'artiste, davantage que celle du personnage dépeint, pose problème. Cette ignorance s'avère d'autant plus irritante que la toile n'est rien moins qu'un chef-d'œuvre, d'une matière richement veloutée, le visage du saint dessiné avec une délicatesse jamais mièvre. Nul doute que l'auteur de ce tableau se confonde avec un grand peintre : Roberto Longhi, attributionniste d'une remarquable acuité, avait même avancé le nom de Velázquez ! Un jour viendra où un autre historien de l'art saura trouver la paternité correcte, et d'ici là les collections privées auront encore livré d'autres beaux mystères...
La collection Motais de Narbonne. Tableaux français et italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, du 25 mars au 21 juin 2010 Musée du Louvre (aile Sully, 1er étage, salles 20 à 23), 99 rue de Rivoli, 75001 Paris. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 09H00 à 18H00, nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu'à 21H30. Tarif : accès avec le billet pour les collections permanentes. Catalogue sous la direction de Stéphane Loire (Musée du Louvre Éditions/Somogy, 2010, 136 pages, 25 euros).
Références photographiques :
- Nicolas Régnier, Saint Jean-Baptiste, vers 1620, huile sur toile, 95,5x74 cm, collection Héléna et Guy Motais de Narbonne
- Francesco Cairo, David vainqueur de Goliath, fin des années 1630, huile sur bois, 49,2x38,2 cm, collection Héléna et Guy Motais de Narbonne
- Gregorio de Ferrari, Le Repos pendant la Fuite en Égypte, vers 1675, huile sur toile, 98,7x75 cm, collection Héléna et Guy Motais de Narbonne
- Joseph-Marie Vien, Saint Jérôme en prière, vers 1755, huile sur toile, 160x129 cm, collection Héléna et Guy Motais de Narbonne
2 commentaires:
Un grand merci pour ce commentaire de l'exposition que j'ai découverte en mai, prenant le temps de rechercher au Louvre d'éventuelles peintures vénitiennes du XVIIIe siècle.
Merci également pour vos contributions sur le site La Tribune de l'art.
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