

Souvent peintres de formation, les premiers photographes de calotype privilégient cette technique pour la texture veloutée et les nuances picturales qu'elle permet. Ils "trichent" d'ailleurs, en retouchant au pinceau le négatif pour accentuer les contrastes sur le positif. La quantité variable d'or utilisée lors du virage permet aussi de modifier nettement les tons du cliché, du brun au noir. Les rapports avec la peinture se révèlent également dans les sujets comme les compositions. Les vues plongeantes sur Rome prises par Alfred-Nicolas Normand ou Frédéric Flanchéron, masses bien géométriques calées entre les cyprès jusqu'à l'horizon, présentent des analogies frappantes avec des tableaux de Corot. Les humbles figures isolées de Giacomo Caneva, par le détail de leur vêtement et le cadrage les monumentalisant, semblent des contrepoints photographiques aux tableaux de Millet, tout comme le Pifferaro (1846) d'Amélie Guillot-Saguez_ curieusement, on parle assez peu du rôle des femmes dans l'essor de la photographie_ possède une farouche noblesse peu éloignée de l'esprit romantique.
Loin d'être un simple atout mécanique, la reproductibilité visait deux buts précis, à savoir immortaliser un site pour les touristes et inventorier les richesses patrimoniales du territoire italien. Dans la ligné du Grand Tour, des "curieux" français, anglais ou allemands voyagèrent avec leur objectif à portée de main ; certains se lancèrent même dans des projets démesurés, tel Eugène Picot et L'Italie monumentale (1851-1853) en cinq fascicules. Commercialement peu concluante, l'entreprise reste cependant un jalon dans l'histoire de la photographie par son ambition encyclopédique et la finesse des œuvres, de la retouche des négatifs aux nuances du positif. Bien que moins nombreux, les Italie


Cette aventure prit fin ou plutôt mua sous le coup de bouleversements fondamentaux. Alors que l'Italie parachevait son unité, la photographie se perfectionna avec l'emploi d'un support de verre, plus précis mais aussi plus fragile. C'est pourquoi une partie des voyageurs resta fidèle au tirage papier, entre autres Léon Méhédin publiant en 1859 Campagnes d'Italie, après avoir accompagné Napoléon III jusqu'à Valeggio. Les conditions mêmes de la pratique photographique changèrent aussi, passant de l'expérience en amateur à une réalisation industrielle exigeant contrôle et précision. La netteté absolue des tirages Alinari correspond à ces nouveaux critères, tout comme la constitution d'une maison pour diffuser les clichés auprès du plus grand nombre. Un nouveau chapitre de l'histoire de la photographie s'ouvrait, non moins prometteur.
L'exposition sera ensuite présenté à Florence, Museo Nazionale della Fotografia, 10 septembre-24 octobre 2010
Éloge du négatif les débuts de la photographie sur papier en Italie (1846-1862), du 18 février au 2 mai 2010, Petit Palais-Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris. Ouvert tous les jours sauf le lundi et les jours fériés de 10H00 à 18H00. Plein tarif : 6 euros ; réduit : 4,50 euros ; demi-tarif : 3 euros ; gratuit jusqu'à 13 ans. Catalogue collectif (Éditions Paris Musées, 256 pages, 37 euros).
Références photographiques :
- Gustave de Beaucorps, Rome, San Pietro in Vincoli © collectionprivée
- Giacomo Caneva, Rome, Temple de Vesta © FratelliAlinari
- James Graham, Vésuve, coulée de lave de 1858-60 © FratelliAlinari
- Giacomo Caneva, Ludovico Tuminello, Rome, arc de l'aqueduc de Claude © FratelliAlinari